Suivez moi

Fuyons le Youpala !

Quand on est parents, on est pris dans les questions du matériel nécessaire et utile lors de l’arrivée de notre bébé et après. Dans cette nouvelle série de matériel et équipement périnatal, commençons par le Youpala ou trotteur pour bébé.

Je ne vais pas perdre de temps : Voyons ensemble pourquoi il faut bannir cet équipement.

Focus sur le youpala

⚡Le très controversé youpala, c’est quoi ? 

Le trotteur pour bébé, aussi appelé youpala, est une structure rigide sur roulettes, avec ou sans tablette. Il maintient le bébé dans une position verticale (position semi-assise/ debout) grâce à un harnais. Le but serait de favoriser l’apprentissage de la marche en permettant au bébé d’avancer en poussant sur ses jambes. 

Vendu dès les 4 mois du bébé avec comme argument que votre enfant peut devenir paresseux et ne pas s’intéresser à la marche.

🚫 Scoop 🚫
⛔ Non, non, non et toujours NON !!!!

Je reviendrai plus tard sur l’aberration de l’âge (parce qu’à 4 mois, le bébé n’est absolument pas prêt à se tenir debout) et du côté « paresseux » du bébé 🤦. Un bébé n’est pas paresseux mais opportuniste, avec l’intelligence d’optimiser ses efforts. Quant à l’intérêt pour la marche… Gardons l’esprit critique, avez vous déjà rencontré un adulte ne souhaitant pas marcher ?! Détaillons un peu le sujet.

Avis sur le youpala

Tout d’abord, le trotteur pour bébé n’a aucun intérêt. Le youpala est un outil qui n’a rien de physiologique. Il reste également un équipement dangereux.

En effet, saviez-vous que les accidents de youpala sont une des premières causes de venue aux services des urgences pour les jeunes enfants ?

L’Association européenne pour la sécurité de l’enfant déconseille très fortement son utilisation et demande son interdiction à la vente depuis plusieurs années.

Aussi, étiez-vous informé que cet équipement de puériculture est interdit au Canada ?

Effectivement, le trotteur est interdit au Canada depuis 2004 (tant en vente, qu’en utilisation qu’en publicité). Cette tendance tend à se répandre. En France, il est interdit dans les crèches et chez les assistantes maternelles depuis plus de 10 ans. 

Qu’en est il de la sécurité ?

De nombreuses études et rapports mettent en évidence les risques liés aux trotteurs : la dangerosité a été prouvée. Le trotteur est à l’origine de multiples accidents domestiques (risque accru). Il est aussi impliqué dans l’apparition de troubles du développement psychomoteur.

En termes d’accidents, on retrouve :

⚡ Un risque de chute très important avec des traumatismes crâniens possibles (avec ou sans fracture du crâne). Tant des chutes dans les escaliers à cause des marches / pentes, que des basculements du trotteur dans un virage pris trop rapidement ou d’un bambin voulant en sortir…

⚡ Sans conscience du danger, le bébé fonce à toute vitesse dans les murs ou les meubles. Malgré l’amortissement par le trotteur, le corps et le cerveau du tout-petit encaisse malgré tout l’impact. Les traumatismes dentaires sont également une conséquence qui peuvent être dues au youpala.

⚡ En plus des chutes de l’enfant, un risque de chutes d’objets sur les enfants est présent. Aussi, le youpala serait à l’origine de brulures, d’intoxications ou encore de noyades. Les bébés ont en effet accès à une hauteur qui leur permet d’attraper plus de produits non sécurisés et dangereux.

⚡Il faut savoir que les accidents domestiques mettant en cause les youpalas peuvent conduire au décès de l’enfant dans le pire des scénarios. Une bien triste réalité.

Des études mentionnent que 40% des traumatismes crâniens chez les moins de 12 mois seraient liés à l’utilisation du youpala.

La présence d’un adulte lors de l’utilisation d’un trotteur ne garantie malheureusement pas la sécurité de l’enfant. La vitesse de déplacement de l’enfant change la donne. Elle est telle que le bébé est en incapacité de la contrôler et l’adulte est en incapacité à intervenir. Les conclusions montrent que l’adulte n’a en effet pas le temps d’agir avant l’accident domestique, qui se passe sous ses yeux. Ces accidents arrivent donc malgré la vigilance du parent.

Qu’en est il de la physiologie du bébé ?

Pour accéder à cette étape naturelle qu’est la marche, le bébé va passer par différents stades intermédiaires qui sont les suivants :

Le retournement du dos au ventre et le retournement du ventre au dos.
Les premiers déplacements : le ramper en arrière puis en avant. Le passage par le 4 pattes
Se mettre assis tout seul
Se mettre debout avec appui puis se déplacer en prenant appui.
Se mettre debout sans appui et tenter les premiers pas

Par conséquent, d’un point de vu psychomoteur, le trotteur n’a aucun intérêt. Que ce soit pour l’acquisition de la marche, favoriser le développement psychomoteur ou autre ‼️ vraiment AUCUN INTÉRÊT ‼️

L’utilisation du trotteur biaise l’ensemble des ressentis corporels du tout petit. Le bébé n’acquiert pas le schéma de marche.

Un bébé développe sa motricité au sol et sous le regard encourageant de ses parents.

Le trotteur permet le redressement artificiel. Il s’adresse aux enfants qui ne maitrisent pas leur corps : que ce soit la station debout, le maintien de son équilibre ou encore l’appui de ses pieds. Essayez de mettre un enfant qui court dans un trotteur… Pas sure qu’il soit friand de cette contrainte. Par conséquent, le bébé encore immature au niveau psychomoteur va devoir compenser ses postures forcées.

De ce fait, visualisez les compétences d’un bébé de 4 mois. L’hypotonie du tronc étant encore présente, il s’exerce aux premiers retournements du dos au ventre. Sur le ventre, il va tenter de redresser sa tête, de prendre appui sur ses bras … Ces changements de position lui demandent beaucoup d’énergie ! Il se fatigue vite une fois sur le ventre, relachant toute ses tensions avant de pleurer pour que l’adulte l’aide à se remettre sur le dos … Imaginez ce même bébé de 4 mois, qui va se tasser dans le youpala et recruter au maximum tout son tonus pour compenser l’inconfort de la posture verticale. Il n’aura pas d’autre choix : le poids de tout son corps va reposer sur l’entre-jambe.

Détaillons ensemble.

⚡Au niveau postural et musculaire

Le youpala va engendrer des tensions. Ces tensions seront tant corporelles qu’émotionnelles. Déjà, le bébé va mettre en place des stratégies de maintien créant des tensions articulaires (au niveau des hanches, du dos, des genoux et chevilles) sans leur permettre de travailler en synergie pour plusieurs raisons : 

– Premièrement, la colonne vertébrale est mal soutenue. Il n’y a pas d’enroulement du bassin possible lorsque l’enfant est placé dans le harnais. La position suspendue par l’entrejambe où tout le poids du bébé tire sur les muscles et les articulations crée donc des tensions corporelles évidentes.

– Deuxièmement, c’est le fait que le bébé va surtout prendre impulsion sur ses orteils pour se déplacer au lieu d’utiliser la surface totale de ses pieds. Il prend l’habitude d’utiliser la pointe des pieds puisque son corps n’est pas en appui sur ses pieds. Ses ressentis et appuis plantaires sont donc biaisés.

– Troisièmement, parlons des tensions émotionnelles. D’une part, le bébé sera en hyper-vigilance pour tenter de contrôler ce qu’il vit, puisqu’il ne va pas pouvoir gérer la posture dans laquelle il se trouve. C’est le principe de ne pas placer l’enfant dans une position qu’il n’a pas acquise seul. D’autre part, pour changer de posture et limiter son inconfort, le bébé sera dans l’obligation de pleurer pour demander de l’aide de ses parents. Ou de tenter d’en sortir par ses propres moyens (vous vous rappeler les chutes vues plus haut ?). Dans tous les cas, il vit un sentiment d’insécurité et de dépendance qui peuvent entrainer des peurs par la suite.

Bref, le bébé n’utilise pas des points d’appuis solides et stables

⚡Au niveau corporel

La perception de son propre corps est aussi altérée. Installé dans le trotteur, le bébé ne peut pas construire sa motricité. Il ne peut pas expérimenter les changements de postures comme passer de la position assise aux quatre-pattes, ou se mettre debout avec appui et revenir en accroupi. Il n’a donc pas la possibilité d’explorer l’ensemble de ses appuis, de ses déséquilibres.

Le bébé n’expérimente pas correctement le transfert du poids de son corps. Ainsi, il n’apprend pas à le gérer dans le youpala. Le trotteur va surtout l’inviter à transférer son centre de gravité vers l’avant pour avancer. Donc ça ne favorise pas le réflexe de se rééquilibrer correctement pour maintenir son équilibre.

Les réactions parachutes sont réduites également. Le bébé peut prendre l’habitude de tenir le youpala. Ne développant pas suffisamment le mouvement des mains lors des chutes. Ainsi, les mouvements de rééquilibrations des bras que le bébé doit expérimenter quand il cherche son équilibre en se mettant debout seront fortement impactés.

Les informations sensori-motrices du mouvement permettent au bébé de sentir son corps dans son ensemble. C’est grâce à cela qu’il comprend comment son corps s’organise. Tant dans l’espace qui l’entoure que tous les segments de son corps les uns avec les autres. Le trotteur entrave ces expérimentations, en scindant en deux parties le corps du tout-petit. Ce manque de perception corporelle peut générer des difficultés de déplacement dans l’espace par la suite (maladresse…).

Le manque d’expérimentations corporelles au sol peut impacter la connaissance du corps.

La connaissance du corps se développe chez l’enfant grâce aux explorations et perceptions de ses appuis sur le sol. Ainsi qu’aux sensations vécues dans ses expériences motrices quotidiennes. C’est en les voyant, les touchant, les sentant bouger que chaque segment corporel s’intègre au schéma corporel. Comment savoir que cette main n’est pas la sienne s’il n’en fait pas l’expérimentation sensorielle et motrice directe ?

Le trotteur empêche donc l’exploration de son propre corps.

⚡Au niveau spatial

La perception de l’espace n’est pas optimale. Installé dans le trotteur, le bébé ne peut pas explorer l’espace. Ni expérimenter les bonnes distances. Tout d’abord, le trotteur est difficile à contrôler. Quand bébé veut aller dans une direction ou faire demi-tour, le trotteur lui n’en fait qu’à sa tête. L’arceau présent autour du trotteur entrave la perception de son propre corps et de l’espace autour du lui.

Installé dans ce harnais, le bébé ne peut pas explorer l’ensemble des composantes spatiales de son environnement. La construction des notions de repérage et d’organisation spatiales (haut, bas, devant, derrière, dessus, dessous…) sont limitées.

Au niveau spatial, on peut donc envisager que le bébé va se cogner plus facilement et aura plus de difficultés à s’adapter à son environnement pour contourner un objet ou mettre ses mains pour amortir une chute.

⚡Au niveau émotionnel

Un bébé au sol expérimente sa psychomotricité à son rythme et de façon harmonieuse. En parallèle de ses compétences motrices, le bébé va développer son envie d’explorer, sa confiance en lui et sa sécurité interne.

Ainsi, le bébé placé dans le trotteur peut se retrouver frustré lorsqu’il est au sol. Il a pris gout à des compétences qu’il n’a pas encore développées. Il peut aussi perdre confiance en lui et penser qu’il ne peut pas faire les choses seul (le sentiment de dépendance).

Les conséquences physiques

L’utilisation prolongée d’un trotteur chez un bébé va engendrer des déformations physiques perceptibles.

Tout d’abord, on note que cela favorise les jambes arquées. Rappelons que le bébé se trouve suspendu dans un harnais avec aucun moyen de changer de position par lui-même.

De plus, les déformations possibles peuvent se répercuter sur la voûte plantaire et sur les articulations des genoux, des hanches et encore de la colonne vertébrale. Tant que la marche n’est pas acquise, la colonne vertébrale n’est pas « mature ». Elle ne présente pas les 4 courbures physiologiques. Ainsi, les postures sont forcées. On demande au corps de maintenir une position qu’il ne peut pas prendre de façon autonome et physiologique.

Ensuite, il va y avoir une potentielle rétraction tendineuses au niveau des mollets. Le tendon d’Achille peut se trouver raccourci suite à la station sur la pointe des pieds. Un suivi en kinésithérapie pourra alors être mis en place par la suite.

Motricité délivrée libérée

Nous sommes dans l’ère de la motricité libre. L’enfant est acteur de ses déplacements, de la découverte et maîtrise de son corps … À lui de découvrir les multiples potentialités que lui réserve son corps ! 

L’adulte est placé comme accompagnateur dans son développement. Accompagnateur qui garantie un environnement matériel et émotionnel sécure. Accompagnateur qui a toute confiance dans ce bébé, qui a toute confiance dans les compétences de l’enfant.

En gros, la marche c’est un long processus qui commence dès la grossesse. Elle est favorisée par plein de petites choses comme le portage, les massages par exemple. Le chemin nécessaire passe par l’expérience de points d’appuis solides, de poussé/repoussé des pieds et des mains, de changement de postures (allongé dos, ventre, assis pour arriver à la posture debout…) et d’essai/erreurs répétées.

Des alternatives : Le chariot de marche ou pousseur

Pour remplacer le trotteur ou youpala, vous pouvez utiliser un chariot de marche. Aussi connu sous l’appelation de pousseur. C’est une excellente alternative.

Revenons sur un point : le pousseur n’apprend pas à l’enfant à marcher.
Un enfant qui va bien apprendra à marcher tout seul !

Le pousseur va permettre à l’enfant de gagner en autonomie. Il va permettre au bébé de mieux connaitre son corps, de prendre des appuis solides. Le chariot de marche propose un appui à la hauteur du bébé. L’objectif est qu’il puisse se stabiliser seul, qu’il puisse choisir de l’utiliser ou non (bon toujours sous la surveillance d’un adulte). Et surtout, de prendre et quitter cette posture seul. Il gagne ainsi une grande confiance en lui.

Le chariot de marche propose un appui comme si l’enfant se levait en appuis sur le canapé ou la table basse. On oublie les contraintes avec le pousseur puisque l’enfant va tester de façon autonome ses points d’appuis, en revenant au sol quand il le souhaite.

Le petit + : il existe des pousseurs sur lesquels on peut adapter la hauteur d’appui et la vitesse de rotation des roues. Cela évite à l’enfant d’être emporté par l’impulsion qu’il donne et qu’il apprend à maitriser.

En conclusion

Contrairement aux arguments avancés par les constructeurs, le trotteur pour bébé ou youpala est néfaste au développement psychomoteur. Surtout s’il est utilisé précocement ou de façon intensive. On l’a vu, le trotteur pour bébé n’apporte aucun bénéfice dans le développement psychomoteur du jeune enfant. L’acquisition de la marche peut même en être retardée de 3 à 6 mois selon les études.

C’est l’exemple parfait de l’équipement inutile en périnatalité en plus de sa dangerosité avérée (malgré son utilisation sous surveillance).

L’enfant n’a besoin que du sol pour découvrir son corps et apprendre à marcher.

Par conséquent, vous avez maintenant toutes les clefs pour mieux comprendre l’enjeu de la motricité.

Cet article est à visée informative puisque mon objectif reste toujours la prévention. En aucun cas de vous faire peur ou de vous faire culpabiliser. Chaque situation est à prendre dans son contexte.

Si, malgré tout, vous souhaitez utiliser un trotteur avec votre enfant, voici quelques tips de psychomot :

Attendez que votre enfant ait le tonus nécessaire pour se mettre debout seul ou qu’il maitrise déjà bien la position assis sans appuis (sans l’aide de ses mains et pendant au moins plusieurs minutes).
Utilisez le sur des temps courts (15 min maximum), sur une durée maximale de 1h30 par jour.
Restez à proximité de l’enfant, utilisation toujours sous la surveillance accrue de l’adulte. Veuillez à ce que l’espace soit également sécurisé.

Sources

https://www.senat.fr/questions/base/2004/qSEQ040411768.html
Clotilde Burté. Les accidents de trotteur chez le nourrisson: à partir d’une étude prospective réalisée aux urgences pédiatriques du CHU de Nancy. Sciences du Vivant [q-bio]. 2008
Siegel AC, Burton RV. Effects of baby walkers on motor and mental development in human infants. J Dev Behav Pediatr. 1999 Oct;20(5):355-61.
Rapport Mondial de la prévention des traumatismes chez l’enfant – OMS 2008
La sécurité des enfants chez les assistantes maternelles – 2018
M. Sengölge et J. Vincentenn Child Safety Product Guide : potentially dangerous products. European Child Safety Alliance, Eurosafe 2013
Cahier de la puéricultrice – N°223 Janvier 2009 : Les risques de l’utilisation du Youpala

Restez connecté

Retrouvez d’autres activités psychomotrices dans la catégorie concernée. Pensez à vous inscrire à la newsletter afin de rester informé des nouveautés ! Retrouvez comme toujours les autres articles concernant le développement de l’enfant, la puériculture et la psychomotricité ^^

Psychomotmaisonhttps://psychomotmaison.com
Psychomotricienne et blogueuse, j'ai à cœur de partager autour de la psychomotricité et de diffuser autant que possible de la petite enfance à la fin de la vie.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

FORMATION

A la une

Activités psychomotrices – 22/24

Pour ce jour 22 du calendrier de l'avent psychomot 2021, je vous présente les livrets d'activités psychomotrices de PAPRICA.

Instant Psychomot – Représentation corporelle

Prenez quelques instants pour vous observer dans un miroir. Qu'est ce que votre corps vous renvoie ?Comment le...

Calendrier Psychomot’ : Octobre 2020

La Maladie D'Alzheimer L’infographie du calendrier psychomot’ pour le mois d’Octobre aborde les troubles engendrés par la maladie d’Alzheimer...

Dobbles personnalisés : thèmes Disney et Noël !

Vous connaissez le Dobble ? C'est un super jeu d'attention et de réflexion conseillé à partir de 6...

La prématurité

Suite à l'infographie du mois de février, que vous pouvez consulter ici, je vous propose un petit topo sur la prématurité. Entre...